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Dieu et la sécurité
Depuis une vingtaine d'années, le « retour du religieux » ou « retour au religieux » dans les sociétés des pays développés remet régulièrement sur le devant de la scène la problématique de la gestion de la diversité. En France, cette résurgence trouve comme bornes les premières affaires du voile (1989) et la loi contre le voile intégral (2010). Dans les sociétés nordaméricaines, marquées plus fortement encore par la liberté religieuse (« premier amendement » aux États- Unis, par exemple), ou au Royaume-Uni, c'est le multiculturalisme et le communautarisme qui soulèvent des questions de fond. Dans les sociétés européennes, la liberté religieuse et celle d'exprimer et d'afficher ses convictions soulèvent également des problématiques légitimes que la démocratie ne peut éviter. Dans ce contexte, un point sensible dans la politique des entreprises est susceptible de concentrer les tensions : l'exigence de sécurité. Dans le mouvement de croissance exponentiel de la diversité en entreprise, quel est l'impact de la religion sur le management de la sécurité ? Il est nécessaire de marquer une différence essentielle entre trois éléments distincts dans la croyance et l'appartenance religieuse. Un individu religieux appartient d'abord à une communauté, à un groupe avec ses codes propres. Son engagement et sa croyance lui donnent ensuite un ensemble de pratiques et de comportements, plus ou moins flexibles, qu'il est contraint de respecter. Enfin, la religion s'accompagne de croyances, valeurs et orientations morales. Chacun de ces éléments – communauté, pratiques et valeurs – rencontrent l'exigence de sécurité à des niveaux différents, et doivent être pris en compte par l'entreprise. Les obligations légales des entreprises, même si elles font débat au cas par cas, sont relativement bien connues.
La gestion de l'interaction religions-entreprise-sécurité ne passe donc pas par l'édiction de règles, mais par une formation adéquate des lignes de management
L'accommodement raisonnable reste la règle première de gestion, notamment dans le cas des pratiques religieuses : port du voile, du turban, périodes de jeûne, notamment. Les valeurs et croyances, au contraire, ne se plient guère aux accommodements, et elles sont parfois difficiles à concilier. L'entreprise n'est pas seulement confrontée à la gestion des confessions ou spiritualités de ses employés. Elle doit prendre en compte les incompatibilités potentielles entre les valeurs de l'organisation et celles de l'employé, entre les valeurs des employés entre eux, mais également l'interpénétration constante entre les valeurs religieuses, les codes culturels, les moeurs ethniques et les obligations sociales.
L'environnement spirituel et religieux des individus ne se réduit pas à un ensemble de doctrines qu'il s'agirait de connaître pour qu'il soit géré. Toute personne construit ses valeurs et ses comportements et ses décisions en fonction de bases sociales, culturelles et religieuses. Ces dernières ne peuvent pas permettre de prévoir mécaniquement la manière dont les employés se comportent. La gestion de l'interaction religions- entreprise-sécurité ne passe donc pas par l'édiction de normes, de règles ou de procédures, mais par une formation adéquate des lignes de management aux problématiques que nous venons de soulever. Melchior Pelleterat de Borde, doctorant du CRC de Mines ParisTech, se passionne pour cette problématique. Il prépare à ce titre un dossier pour un prochain RSE.
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